Lucie rencontrera localement Flavien, jeune ostréiculteur à Bourcefranc même. Leur première rencontre, un soir d’été, se fera au clair de lune, donc dans une certaine obscurité. Dans cette région, en été, il y a des vers luisants dans l’herbe, un peu partout. Très épris, Flavien improvisa donc un geste romantique en disposant des vers luisants dans les cheveux de Lucie. Cette dernière accepta très bien la chose car j’en entendis parler avec émotion (de leur part) pendant toute mon enfance avec eux, par l’un ou par l’autre.
Lucie Lardit épousera donc Flavien Massé (voir Flavien) le 28 mai 1914, mais le convaincra de quitter l’ostréiculture, afin de partir vers la Tunisie puis Paris.



Ils vivent d’abord en Tunisie, je ne sais pas où, ni comment.

Le couple Flavien Lucie en Tunisie, avant la naissance d’Henri. Lucie a le chapeau à 2 plumes


Il y conçoivent leur premier enfant, puis Lucie revient à Bourcefranc pour y accoucher d’Henri dans la boulangerie de ses parents à elle : les Lardy. De justesse, l’accouchement avait menacé de se produire sur le bateau du retour en France, quelques jours avant.

Lucie, Flavien et leur jeune fils Henri Massé. Derrière le frère de Lucie qui décèdera à la trentaine.


Puis, Lucie ne voulant toujours pas rester à Bourcefranc, Flavien utilise ses connaissances acquises en électricité en Tunisie, afin de se faire embaucher à la SNCF, à Paris, comme électricien naviguant sur les locomotives électriques.
Il est basé à la gare SNCF des Invalides, ce sont les trains de banlieue.
Ils vivent d’abord à Chatillon, puis à Fontenay aux Roses où ils achètent une mercerie en centre ville, 51 rue Boucicaut, près de l’église et du château Boucicaut, du 30 aout 1930 jusqu’en 1947 (démolie en 1950).



Lucie, très diplomate, fait fructifier ce petit commerce et développe des connaissances dans la ville. Ils achètent localement un grand pavillon, rue d’Estienne d’Orve, pour placer de l’argent, mais habitent toujours au-dessus du magasin, où il y a un très grand logement.

Un deuxième enfant naquit de ce mariage, Jeanne Lucette le 17 aout 1923. La petite Lucette, en traversant la rue devant chez elle, pour rejoindre une amie, se fit renverser par un cycliste qui descendait trop vite la rue Boucicaut. Sa tête heurta violemment l’angle de la bordure du trottoir, une fracture du rocher s’en suivit, la mort fut instantanée. Elle avait 11 ans, c’était le 27 octobre 1934. Lucie sera inconsolable toute sa vie de cette terrible perte. La poupée de Lucette est encore en parfaite état et est conservé chez Gaëlle Massé DUMY.


La petite Lucette
Henri à vélo et la petite Lucette


Lucie manipulait très habilement Flavien en toutes circonstances, lui laissant toujours l’impression d’avoir décidé de tout lui-même, ainsi qu’il seyait alors au mari. Je me souviens très bien de ces exercices verbaux d’excellente diplomatie féminine. Le couple fut pourtant très heureux et très uni, tout au long de leur vie commune. Lucie aidera les personnes étrangères en difficultés à Bourcefranc, de façon totalement bénévole et très discrète.

Flavien est un bon jardinier potager, aussi bien à Fontenay qu’à Bourcefranc. Il est aussi un très bon pécheur à pied sur l’estran, cela lui vient de ses débuts ostréicoles. Il est méticuleux à l’extrême, très tenace, très économe, un peu macho comme il seyait aussi à l’époque. C’est un homme de bonne volonté, très amoureux de sa chère Lucie et également de bons contacts avec autrui, en général. A Bourcefranc, lorsqu’il jardinait dans le petit jardin d’agrément qui donne sur la rue, en plein centre ville, il passait bien plus de temps à discuter avec les passants qui le connaissaient tous, que de s’occuper des plantes d’agrément. J’en ai encore, de loin en loin, des témoignages locaux aujourd’hui en 2009, bien longtemps après son décès(en 1967).

Retraité SNCF dès 55 ans, Flavien retrouve un travail de gardien de nuit dans un garage de camions à traction électrique de ramassage des poubelles, à Paris, au métro Port Royal : la ligne de métro est directe pour aller à Fontenay. Il veillait toute la nuit sur ce parc de camions. Il était armé, j’ai encore son révolver d’ordonnance.

Puis le couple vend la mercerie, vit quelques années encore à Fontenay dans leur grand pavillon, puis se retire à Bourcefranc. Il vend alors le pavillon de Fontenay, gain des labeurs de leur vie, afin de pouvoir faire des travaux dans la maison de famille de Bourcefranc. Il y reproduira, en partie, les arches mauresques qu’ils ont connus en Tunisie, au début de leur vie commune.

A l’occasion de la vente du pavillon de Fontenay, Gisèle (leur belle fille) déclenchera de très violentes hostilités afin de tenter de récupérer ce pavillon pour Henri et elle, gratuitement….. Elle réussira donc à brouiller momentanément Henri avec ses parents. Il en restera néanmoins des cicatrices jusqu’à la fin de la vie de Flavien. Par amour, Henri était donc capable d’adhérer à des causes vraiment impossibles.

Photo prise à Bourcefranc dans le fond de la cour intérieure, avant que Flavien et Lucie ne fassent des travaux.
A gauche : Lucie et Flavien
A droite : Augustine la mère de Lucie
A droite au 3ième plan : André Rousseau, de profil
A fond, tenant une bouteille : sa femme
Les autres me sont inconnus.

Lucie mourra à Bourcefranc d’un cancer du sein, peu après leur installation à Bourcefranc. Flavien sera très marqué par cette perte et lui survivra une quinzaine d’années, au contact bien difficile de sa belle-fille, incontournable désormais.

En hiver à Savigny sur Orge, avec son fils Henri (et Gisèle…). En été seul dans sa trop grande maison de Bourcefranc. Parfois à Royan chez son neveu Jean Lainé, où il était très bien accueilli et très apprécié: bricoleur et heureux de rendre service, il y réparait ou arrangeait des petites choses chez ces gens très fortunés et si occupés, mais qui l’aimaient bien pour lui-même et le valorisaient.

Il survivra quelques années grâce à l’un des tous premiers « pacemaker » médicaux. Ils étaient énormes à l’époque, donc très visibles sous la peau, en particulier chez les sujets très maigres comme Flavien. Mais il le supporta sans problème. Il mourut le 12 avril 1967 à Bourcefranc d’une crise d’urémie contre laquelle la médecine ne put rien faire. Il vit très courageusement venir ses derniers instants. Ses toutes dernières paroles, j’en fus témoin, furent de demander à son fils de reposer près de sa chère Lucie.